Observance, impact écologique… Que pensent les personnes insuffisantes respiratoires des dispositifs inhalés ?

La santé respiratoire est conditionnée par l’environnement. Protégeons-le ! A ce cercle vertueux contribuent les nouveaux conditionnements des inhalateurs utilisés dans la BPCO et l’asthme, en particulier les packs trimestriels, ainsi que leur collecte pour recyclage, assurée par les pharmaciens.

Les personnes atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et d’asthme se sentent concernées par la dimension écologique de leur traitement. Dans quelle mesure ? Quelles sont leurs besoins, leurs pratiques et leurs réticences ?

L’enquête « Observance et impact écologique des dispositifs inhalés » (644 patients sondés, via la mise en place d’un questionnaire en ligne entre avril et mai 2022), réalisée par le RespiLab, le Living Lab de Santé respiratoire France, grâce au partenariat institutionnel du laboratoire Boehringer Ingelheim, intervient dans le contexte de l’urgence climatique qui affecte à juste titre les pratiques de l’ensemble de la société civile.

En France, 8 millions de patients atteints de pathologies respiratoires consomment chaque année environ 41 millions d’inhalateurs qui produisent plusieurs tonnes de déchets ainsi que des gaz propulseurs HFA (tétrafluoroéthane) à effet de serre. Le RespiLab, espace de co-création de savoirs et de solutions innovantes, s’est pour cette raison interrogé sur les pratiques des patients en matière de sensibilisation aux questions environnementales et son impact sur l’observance de leur traitement. De manière générale, « les personnes BPCO et asthmatiques interrogées aspirent à réduire l’impact de la production de déchets par inhalateur sur l’environnement, mais ne souhaitent pas être culpabilisées ni stigmatisées », souligne Cécile Grosset, psychosociologue qui a réalisé l’enquête (agence Smartketing).

Qui sont les personnes sondées ?
90 % souffrent d’une BPCO
34 % déclarent au moins un asthme
23 % déclarent à la fois un asthme et une BPCO
46 % sont diagnostiqués depuis plus de 10 ans, 34 % entre 5 et 10 ans
20 % sont diagnostiqués depuis moins de 5 ans.
41 % sont âgés entre 60 et 69 ans

> Une représentation mentale négative des inhalateurs affecte l’observance.

inhalateur

Alors que les malades chroniques respiratoires atteints de BPCO et/ou d’asthme associent pour une courte majorité (56 %) les inhalateurs à la maladie, au stress et à la contrainte (bruit, poids, encombrement), 44 % parlent plutôt de guérison, de sérénité et de délivrance. Seuls 16 % de l’ensemble des patients BPCO reconnaissent leur inobservance ; ils sont une écrasante proportion à s’estimer observants. « Ces chiffres illustrent la perception ambivalente de l’inhalateur, pointe Cécile Grosset. Les pessimistes sont plus nombreux que les optimistes vis-à-vis de ce que représente l’objet. Ce sont aussi les moins observants, sans que ce constat ne soit réellement surprenant. » Les patients ne respectent pas à la lettre leurs prescriptions (défaut d’observance) pour plusieurs raisons, « à commencer par l’oubli de leur traitement (53 %), ajoute Cécile Grosset, parce qu’ils se sentent mieux ou moins bien et que de ce fait ils l’arrêtent (48 %) ou parce qu’ils ne comprennent pas l’importance de respecter scrupuleusement les règles de prise de leur traitement (44 %). »

> Progression des patients (68 %) qui déclarent avoir été formés à l’utilisation de leur(s) inhalateur(s).

Dans 99 % des cas, la formation reçue sur l’utilisation de leur inhalateur leur a permis d’adopter les bons gestes. Dans 88 % des cas, cette formation fut l’opportunité d’une prise de conscience de l’importance du traitement. Dans 84 %, ils ont ainsi pu comprendre le mode d’action des médicaments et, dans 74 %, mieux connaître la maladie elle-même. « L’intérêt de la formation n’est plus à démontrer, c’est un véritable plébiscite en faveur de la formation des patients à l’usage de leurs inhalateurs, résume Cécile Grosset. 68 % des patients formés, c’est un gain de 5 points en comparaison avec l’année 2019. Intégrer le sens du traitement est bel et bien un levier pour favoriser l’observance. Lors des entretiens préalables à l’élaboration de l’enquête, des patients ont déclaré ne jamais avoir l’assurance de bien prendre leur traitement s’il n’y a pas eu de formation ou d’information sur le bon usage de l’inhalateur. »

Les freins à la bonne observance sont liés à la non-acceptation de la pathologie par le patient et se traduisent par des oublis, de l’inattention, du déni… Un levier opérationnel cité en faveur d’une bonne observance du traitement serait de miniaturiser les appareils afin de faciliter le transport, le stockage…

> Le numérique, un support incontournable pour former à l’utilisation des inhalateurs.

78 % des personnes BPCO et asthmatiques interrogées portent un intérêt aux vidéos éducatives qui décrivent le mode de fonctionnement et l’utilisation des inhalateurs pour chaque modèle. A ce propos, 28 % en ont déjà visionné, et 50 % se disent prêtes à en regarder. 37 % seraient plus enclins à y accéder à partir d’un lien figurant sur l’emballage de l’inhalateur, et seulement 13 % à partir d’un QR code sur l’ordonnance. A minima, les vidéos devraient contenir le mode d’emploi (selon 75 % des personnes interrogées) et aborder le mécanisme d’action du médicament ainsi que les effets attendus (67 %).

> Packs trimestriels, peu connus mais présentant des avantages.

17 % des personnes interrogées ont déjà entendu parler de packs trimestriels. Justement, la préférence de l’ensemble d’entre elles va aux boîtes trimestrielles (à 75 %) en comparaison avec les mensuelles (25 %). « De manière générale, 89 % perçoivent des avantages aux packs trimestriels, dont la diminution des déchets d’emballage (60 %), la réduction des coûts par boîte déduits des remboursements de la CPAM/franchise médicale (60 %), l’optimisation de la gestion des stocks personnels qui favorise le respect de la prescription (54 %) et moins de trajets pour se rendre à la pharmacie (52 %).

> Gestion des déchets des inhalateurs : peut mieux faire !

En effet, 73 % des personnes interrogées confirment adopter une mauvaise pratique de gestion des déchets de leurs inhalateurs ; 39 % les jetant sans distinction dans les poubelles ménagères. Certains jettent d’ailleurs les inhalateurs dans leur poubelle de tri, pensant adopter ainsi une bonne pratique. Quant à la collecte des inhalateurs usagés en pharmacie, 84 % ignoraient cette possibilité et 16 % l’estimaient trop contraignante. Sur le podium, les solutions que les patients se déclarent prêts à adopter pour réduire la production de déchets liés aux inhalateurs sont : le retour en pharmacie à 65 %, et le dépôt en points de collecte à 45 %.

27 % adoptent une bonne pratique et rapportent leurs inhalateurs usagés en pharmacie

De manière générale, les patients sont prêts à faire évoluer leurs pratiques pour des solutions plus écologiques. L’étude met en avant les effets vertueux des solutions écologiques qui impactent positivement les patients d’un point de vue psychologique, comportemental, matériel et environnemental.

> Une économie liée à la franchise médicale

41 % des sondés ont déjà entendu parler de la franchise médicale

Une économie liée à la franchise médicale est perçue comme l’un des avantages des packs trimestriels, tout en soulignant le risque d’accentuer l’isolement du malade moins au contact de son pharmacien.

Quant à la franchise médicale, sa notoriété est relative : 41 % des patients BPCO/asthmatiques interrogés dans cette étude en ont déjà entendu parler, surtout les plus de 70 ans (49 %). Elle existe pourtant depuis 2008, introduite par l’article 52 de la loi n°2007-1786 du 19 décembre 2007 de financement de la Sécurité sociale.

La franchise médicale est une somme déduite des remboursements effectués par la Caisse d’Assurance-maladie sur les médicaments, les actes paramédicaux et les transports sanitaires. Son montant fixe est de 0,50 € par boîte de médicaments (ou toute autre unité de conditionnement : flacon, par exemple). Elle est plafonnée à 50 euros par an, au total. La franchise médicale n’est prélevée que sur les médicaments remboursés par l’Assurance-maladie, à l’instar des inhalateurs. « Une meilleure compréhension du mécanisme de la franchise médicale pourrait avoir un effet sur le choix du pack trimestriel », suggère Cécile Grosset.

Pour 58 %, l’existence de la franchise médicale peut modifier leurs pratiques d’achat pour opter préférentiellement pour des packs trimestriels

💬 Réflexions de personnes atteintes de BPCO et/ou d’asthme. Extraits.

« Avoir un traitement trimestriel, si c’est simple d’utilisation, me semble le plus rassurant. »

« Je préfèrerais avoir un traitement de 3 mois et que l’on m’explique correctement ce que va m’apporter exactement ce traitement. »

« Je suis prête à utiliser un inhalateur sur 3 mois si on me garantit que si je tombe malade, bronchite, grippe ou autre, les microbes ne resteront pas sur l’inhalateur. »

« Comme pour d’autres médicaments, la gestion du stock est un vrai problème pour les inhalateurs à délivrance mensuelle. Toute solution permettant de « voir venir » serait la bienvenue. »

« Les packs trimestriels seraient un avantage car moins de trajets jusqu’à la pharmacie et moins de franchise médicale. »

« La délivrance pour 3 mois me semble être une excellente mesure. Concernant les inhalateurs, le problème est en revanche différent car il faut aussi penser à l’hygiène. »

« Le lien entre patient, médecin, pharmacien et kiné est essentiel à la bonne observance du traitement. »

« Il faut que les pharmacies acceptent de reprendre les médicaments et les inhalateurs. Ce n’est pas toujours le cas. »

« Je n’ai pas de problème pour utiliser des inhalateurs mais je râle contre le gaspillage ; tout ce qui peut le réduire est bienvenu. »

Cécile Grosset, psychosociologue (agence Smartketing) ayant réalisé l’enquête
 
Les patients sont prêts à limiter les impacts environnementaux de leurs dispositifs inhalés. Quelles sont les conditions pour y parvenir ?
 
« En termes de prévention des déchets, l’offre de boîtes trimestrielles pour diminuer les déchets d’emballages est en cohérence avec les attentes des patients-consommateurs. Il faut noter une méconnaissance des procédures actuelles concernant l’apport volontaire des déchets médicaux en pharmacie, le tri ou encore la délivrance de consignes erronées de la part des pharmaciens, ou leur refus de collecter les inhalateurs. Il serait judicieux de communiquer sur les avantages en termes écologiques et économiques et apporter des réponses aux inconvénients identifiés par les patients, sans oublier de favoriser l’apport volontaire en pharmacie : le cas échéant, créer des bornes de collecte et sensibiliser les pharmaciens (distribution de sacs pour le retour des médicaments, etc.). »